Poétique de la main frêle
Par Jean-Michel Maulpoix, dimanche 20 janvier 2008 à 19:28 :: General :: #11 :: rss
Introduction à une étude critique sur l'ariette V des "Romances sans paroles" de Paul Verlaine : "La main frêle du diable"
Nous connaissons les mains d’Arthur Rimbaud. Son vieil ami Ernest Delahaye les a décrites « fortes et rouges », tandis que dans son célèbre Coin de table de 1872, Henri Fantin-Latour, a peint la gauche, sombre, épaisse, presque gonflée, pliée sous le menton du jeune ardennais arrivé depuis peu à Paris. On l’a souvent répété : les mains d’Arthur Rimbaud sont des mains de paysan, faites pour la charrue autant que pour la plume. Mais le poète rejette violemment l’un et l’autre de ces instruments : il revendique son oisiveté et sa « paresse ».
Souvenons-nous de « Mauvais sang » :
J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue – Quel siècle à mains ! – Je n’aurai jamais ma main. Après, la domesticité mène trop loin.
Rimbaud ne sera pas de ceux qui tirent à la ligne pour donner aux journaux des pages, et sûrement pas un grand travailleur de la poésie… C’est d’ailleurs par des copies venues de Verlaine que nous connaissons nombre de ses poèmes. En les recopiant, les mains de Verlaine auraient ainsi sauvé de l’oubli des poèmes tels que « Les Assis », « Tête de faune », « Les Douaniers », « Les premières Communions », ou « Le bateau ivre » dont il semble que d’autres mains, celles de Mathilde Mauté, aient détruit les originaux découverts parmi les papiers de son mari…
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