Note sur Paul Valéry
Par Jean-Michel Maulpoix, dimanche 17 février 2008 à 08:51 :: General :: #13 :: rss
L'oeuvre de Paul Valéry dénoue le drame que formule pour la première fois Baudelaire et qu'exaspèrent Rimbaud et Mallarmé : le drame de l'impossible atteinte de l'idéal, de la fermeture des "altitudes bleues" et du renvoi brutal de l'homme à la dure réalité du terrestre. Valéry s’écarte de ce conflit du dualisme (âme/corps) et de la dualité (ange/bête), si violemment répété depuis le romantisme, en plaçant au centre de sa poétique le "thyrse plus complexe" que souhaitait Mallarmé : tout son travail consiste à associer sens et sensualité (la clef et le serpent retenus comme emblèmes d'une mythologie personnelle), esprit et chair, ligne droite et arabesques… Ainsi l’opposition est-elle dépassée dans la forme, voire en y mettant les formes… Dans la voie ouverte par les tissages et les réfractions mallarméennes, c’est bien la complexité qui prend la place de la dualité ; mais il s’y adjoint le jeu, voire la virtuosité. Le maudit d’hier devient le mondain d’aujourd’hui, et l’écriture bascule du désir au plaisir. Elle se dédramatise, cependant que s’y établit une figure de poète-penseur sceptique et faustien retenant à présent au-dedans de soi tout cela qu’exprimaient ses prédécesseurs, et convertissant en beautés savantes les liens mêmes dans lesquels il est retenu.
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