Le poète impossible
Par Jean-Michel Maulpoix, mardi 19 février 2008 à 07:07 :: Journal anachronique :: #14 :: rss
A la réticence à employer le nom de « poète », il est peut-être une explication plus essentielle que toute autre : le poète n’existe pas comme individu (sinon sous la forme de l'image, du cliché). Selon une interprétation romantique que Rilke et Pasternak partagent encore, le seul vrai poète serait Orphée (un mythe, une légende) et ceux qui l’ont suivi n’ont tenté après tout que de réinventer ou retrouver la poésie.
Ici s’impose l’idée que la poésie se réinvente sans cesse, qu’elle n’est peut-être pas autre chose que cette perpétuelle réinvention, voire cet effort d’être poète.
Pasternak écrit : « bien que l’artiste soit évidemment mortel comme tout le monde, la joie d’exister qu’il a ressentie est immortelle et peut être éprouvée approximativement par rapport à la forme personnelle, intime, de ses sensations primitives, par un autre homme, des siècles après lui, à partir de son oeuvre. » Poète, écrit-il à Rilke, est celui « qui réinvente sans cesse le contenu de la poésie et en des temps divers porte des noms différents.»
Le poète est donc l’obligé d’un art et d’une condition qui l’outrepassent singulièrement. Et c’est à ce titre qu’il peut prétendre à une forme d’éternité : son oeuvre transporte la vie bien au-delà de l’existence même de celui qui l’a conçue. Impersonnel est le poète en ce qu’il devient, selon la formule de Tsvétaïeva « un phénomène de la nature »
Et si Tsvétaïeva désigne Rilke comme étant « la poésie personnifiée », c’est parce que son nom, dit-elle, « ne rime pas avec l’époque », mais vient « de toujours ». Et c’est encore comme « une topographie de l’âme» que Tsvétaïeva définit Rilke. Le poète dessine la carte de la condition humaine. Il l’éprouve, il en prend la mesure.
Commentaires
1. Le mardi 19 février 2008 à 18:46, par laura
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