Lyrisme : temporiser cela qui de toutes part s'échappe et nous délaisse. Mettre du temps vécu dans la langue. Du temps mortel. C'est, en un certain sens, apprivoiser le vide, en faisant mine de dire l'indicible, en rôdant autour de lui, en lui prêtant voix... Et c'est ainsi s'assurer d'une espèce de paradoxale maîtrise sur cela qui nous dépossède. Le sujet lyrique ne se ferait-il par nature un pouvoir de son impuissance, un royaume de sa dépossession ? Que peuvent les hommes, sinon tourner en rond dans leur cage... avec des chants ?

La littérature, et plus singulièrement la poésie, tient un double langage. Si ce n'est autre chose, elle laisse toujours entendre bien plus que ce qu'elle dit. Accentuant, elle redouble, surdétermine, surenchérit. Elle parle à côté, ou de travers. Il lui faut dire ensemble des choses qui d'ordinaire s'excluent