Jean-Michel Maulpoix & Cie

Carnet de bord du site de Jean-Michel Maulpoix

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dimanche 15 juin 2008

D'un lyrisme critique

"Lyrisme critique..." Cette expression peut être entendue soit de manière limitée, comme caractéristique d’une situation moderne de la poésie qui étrangle son propre chant, se retourne avec perplexité sur et contre elle-même, et en vient à faire du poème le lieu même où sont mises en observation les capacités et les limites du langage, soit de manière extensive et valant pour le lyrisme en soi perçu comme un état critique du sujet et de la langue.
N’est-ce pas, en effet, dans des états ou des situations de crise de la subjectivité, à commencer par l’état amoureux et son cortège d’élans ou de chagrins, que le lyrisme fructifie ? Et si le qualificatif de « critique » s’applique à une parole ou une écriture qui s’interroge, s’évalue, se juge, n’est-ce pas dans le fil d’une tradition réflexive et délibérative du chant que s’inscrit cette entente ? Si rhétorique et si codée ait-elle pu être à l’âge classique, la poésie n’en est pas moins le lieu où le sujet pose la question des affects, des liens et du possible humain ? Enfin, si le lyrisme suppose un certain volume de la parole poétique qui s’anime de figures, enfle dans le chant, met les bornes à l’épreuve, recherche la prouesse, il porte le langage jusqu’à un point critique où celui-ci est menacé par l’emphase et l’enflure. Le lyrisme suppose donc un usage dynamique et risqué du langage, un enthousiasme et un emportement auxquels céder ou résister... (à suivre)

dimanche 1 juin 2008

Interroger la poésie...

La poésie est une collection de particularités. Une collection d'organismes verbaux singuliers, appelés « poèmes », où se configure brièvement, par surprise, par éclats, dans le vif de la circonstance ou dans l’éloignement de la réflexivité, l’existence même de qui écrit : son rapport au monde, à soi et à autrui, ce que Mallarmé appelle une « attitude primordiale » donnant lieu à (ou inséparable de) un certain rapport au langage.

En sa dimension « lyrique » elle suppose ou accomplit l’implication directe d’un sujet dans l’écriture

« Hésitation prolongée entre le son et le sens », ainsi que la définissait Valéry, elle vise, on le sait, par principe à produire des effets expressifs qui usent des ressources du langage. Mais elle est plus encore une affaire de voix, une certaine diction écrite.

Ni la communication ni l’imagination ne sont sa grande affaire, mais la tension et l’étirement du langage même dont il est ici question de faire apparaitre les propriétés et les possibilités. La poésie pose ainsi sans cesse la question du « Que peut-on écrire ? » Jusqu’où pouvons nous mener la langue, ou nous laisser conduire par elle ?

La poésie (moderne) a affaire à une question sans fin : « Qu’est-ce que la poésie ? »

La poésie ne cesse de solliciter, ou de réclamer, en son étrangeté même, que l’on travaille en vue de sa définition. À tout le moins sollicite-t-elle la présence à ses côtés (quand ce n’est en elle) d’un discours second qui en fasse valoir les enjeux. Le poème aspire à se prolonger en sa critique, ou en son commentaire. Il lui faut sans cesse revenir sur ce geste d'encre qu’il accomplit et sur cette forme qu’il est.

Lire l'essai : Que dire de la poésie ?