Appelons simplement "poète" celui reste en éveil dans le temps, attentif à ce qui disparaît, et désireux d’en fixer les traits à travers la fuite même du temps qui n’est jamais pour lui un milieu impur, mais un espace où toute vie se montre précieuse et menacée.

« Poète », celui qui mobilise toutes les ressources de la langue pour donner une sorte de présence à ce qui s’absente inexorablement : ce qui n’existe pas, ce qui n’est déjà plus, ou ne sera jamais…

Poète : celui que rien ni personne ne peut consoler de mourir et que la connaissance de la disparition conduit à s’emparer fiévreusement du langage pour y garder mémoire de ce qui s’efface, aussi bien que pour y filer à tombeau ouvert sur les routes mêmes du temps. Appelons « poésie » cette lucidité et cet emportement.