dimanche 1 juin 2008
Interroger la poésie...
Par Jean-Michel Maulpoix, dimanche 1 juin 2008 à 07:04 :: General

La poésie est une collection de particularités. Une collection d'organismes verbaux singuliers, appelés « poèmes », où se configure brièvement, par surprise, par éclats, dans le vif de la circonstance ou dans l’éloignement de la réflexivité, l’existence même de qui écrit : son rapport au monde, à soi et à autrui, ce que Mallarmé appelle une « attitude primordiale » donnant lieu à (ou inséparable de) un certain rapport au langage.
En sa dimension « lyrique » elle suppose ou accomplit l’implication directe d’un sujet dans l’écriture
« Hésitation prolongée entre le son et le sens », ainsi que la définissait Valéry, elle vise, on le sait, par principe à produire des effets expressifs qui usent des ressources du langage. Mais elle est plus encore une affaire de voix, une certaine diction écrite.
Ni la communication ni l’imagination ne sont sa grande affaire, mais la tension et l’étirement du langage même dont il est ici question de faire apparaitre les propriétés et les possibilités. La poésie pose ainsi sans cesse la question du « Que peut-on écrire ? » Jusqu’où pouvons nous mener la langue, ou nous laisser conduire par elle ?
La poésie (moderne) a affaire à une question sans fin : « Qu’est-ce que la poésie ? »
La poésie ne cesse de solliciter, ou de réclamer, en son étrangeté même, que l’on travaille en vue de sa définition. À tout le moins sollicite-t-elle la présence à ses côtés (quand ce n’est en elle) d’un discours second qui en fasse valoir les enjeux. Le poème aspire à se prolonger en sa critique, ou en son commentaire. Il lui faut sans cesse revenir sur ce geste d'encre qu’il accomplit et sur cette forme qu’il est.
Lire l'essai : Que dire de la poésie ?

Les premiers vers de Terraqué ont fait date. On les cite volontiers comme exemplaires de l’œuvre de Guillevic qu’ils ouvrent avec une autorité poétique certaine, en affirmant le parti-pris de simplicité de leur auteur. D’emblée, l’attention du lecteur est fixée sur un objet fermé, à la fois familier et lourd de mystère, et qui impose un inquiétant dénuement :
L'oeuvre de Paul Valéry dénoue le drame que formule pour la première fois 