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Boulevard des Capucines (extrait)

par Jean-Michel Maulpoix, aux éditions du Mercure de France

(en librairie le 2 mars 2006)  

 

En habit noir

 

Comment faire de la couleur avec un habit noir ?

 

Noirs les fiacres et les locomotives, les redingotes, les chapeaux haut de forme, le ruban de velours au cou d’Olympia, les très sombres écrins de la vie élégante. Noir le pourpoint d’Hamlet et le triste manteau du bourgeois, « l’habit qui sert au bal comme à l’enterrement », l’habit funèbre des vivants sous la lumière spectrale du gaz.

Le même fouillis de hardes sombres hante le boudoir mental de Charles Baudelaire et le buffet d’Arthur Rimbaud : les mêmes vêtements vides, les mêmes restes de vies défraîchies. Pour le dandy comme pour le bohémien, la vie n’est après tout qu’une collection de linges et de quittances.

Il y a de profonds recoins dans les chambres, des tiroirs à secret et des papiers peints de fleurs trompeuses sur les murs.

Noire, l’ombre du savoir et du pouvoir dans ce siècle de science et d’argent.

On se plait aux choses mortes, détachées des chairs dont elles étaient la parure. Aux bouquets de lys noirs, aux cygnes noirs, aux petits verres de liqueur noire.

 

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