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Analyses
et témoignages |
Une
ténébreuse affaire |
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Deux
écrivains, deux professeurs face à la justice
Deux écrivains, l'un
et l'autre également professeurs de lettres, condamnés en première
instance le 31 août 2005
par le tribunal correctionnel
de Montpellier à 6000 euros d’amende et de frais de justice pour
avoir diffusé un témoignage sur des violences policières.
La scène, hélas, est
devenue presque ordinaire : un citoyen assiste par hasard dans la
rue à l’une de ces interventions policières que l’on dit « musclées » :
S.D.F à terre, le visage en sang, badauds aux fenêtres et forces de
l’ordre aux abois. Indigné par tant de violence inutile, il juge
opportun de dire tout haut ce qu’il en pense, avec calme, mais fermeté.
Comme il refuse de « circuler », on le menotte, on
l’embarque au commissariat, on le fouille au corps, il passe la nuit
dans une cellule sur une planche en bois. Au matin, on l’inculpe pour
outrage à agents, non sans le « charger » au passage pour
des insultes qu’il se défend d’avoir prononcées.
C’est ce qui est
arrivé, le 28 avril 2004, à
Brice Petit
, directeur de
la revue Moriturus
, jeune professeur agrégé de Lettres.
Dès le lendemain, de
retour chez lui, il rédige un compte rendu
acéré des faits qu’il diffuse par mail à ses amis et connaissances.
Un collectif se constitue, qui appelle à soutien.
Recevant, comme des
centaines d’autres, ce témoignage si troublant, j’ai décidé
spontanément de le publier, tel quel, sur ce site web, pour contribuer
à le faire connaître. Sans se concerter, une vingtaine d’autres
sites font de même.
Quelques mois plus
tard, sans que le moindre avertissement préalable me soit parvenu,
je me suis vu brutalement cité à comparaître, ainsi que
Brice Petit
, pour diffamation.
L’un des policiers mis en cause avait découvert par hasard sur
Internet le texte où figurait son nom : à titre de document, pour
appuyer ses dires,
Brice Petit
avait cru bon de faire figurer l’intégralité du procès verbal dressé
à son encontre, sans biffer le nom des trois fonctionnaires ayant déposé
contre lui…
L’affaire a été
jugée le 9 juin 2005 et le verdict vient juste de tomber :
Brice Petit
est relaxé du grief d’outrage, mais condamné, ainsi que moi-même,
pour diffamation, à 3000 euros
d’amende et de frais de justice. Cruelle et curieuse sentence, qui
tout à la fois désavoue et ménage la police ! Les témoignages
convergents cités à l’audience par la défense de
Brice Petit
auraient-ils semé le doute dans l’esprit des juges ?
Les policiers font
appel, désireux sans doute de sanctions plus lourdes et de « compensations »
financières plus substantielles. Le parquet suit, bien qu’il eût
demandé à l’audience des peines moins sévères que celles prononcées.
Pot de fer contre pot de terre, quel espoir le combat juridique qui
s’engage laisse-t-il à ceux qui n’ont cherché à humilier personne
mais simplement voulu faire preuve d’un esprit de responsabilité et
de solidarité, en rapportant des faits singuliers dans le seul but
d’inciter à la réflexion commune ?
Ceux qui visitent régulièrement
ce site web afin d’y recueillir des documents critiques
sur la poésie moderne et contemporaine savent sans doute qu’il n’a
rien d’un brûlot et que l’esprit de mesure y prédomine. (Je n’y
ai d’ailleurs laissé en ligne que très peu de temps ces pages.)
S’il me faut
expliquer à nouveau ce geste d’engagement soudain, je dirai
simplement que pour un intellectuel la légitime révolte contre les
abus de pouvoir, ainsi que l’esprit de solidarité sont parfois plus
forts que la frilosité.
C ’est l’honneur
de ceux qui écrivent et publient que de ne pas passer sous silence des
témoignages où leur propre pratique assidue de la lecture, de la
critique et de l’écriture, en vient à discerner des accents de sincérité
et de vérité assez convaincants pour qu’il soit alors de leur devoir
moral de les faire connaître.
N’est-ce pas la
liberté d’expression, le devoir moral d’engagement, l’esprit de
solidarité et de responsabilité que frappe par contrecoup ce jugement ?
N’y a-t-il plus de place dans notre société pour autre chose que la
dureté inflexible de la loi ?
Nous savons que la
société reconnaît aux journalistes un droit à la diffusion de
l’information et à son commentaire. Cela confère à leur action la
force d’un contre-pouvoir salutaire. Les médias auxquels ils sont liés
par contrat les protègent. Leur carte de presse est un précieux sésame…
Rien de tel pour l’écrivain devenant à l’occasion « webmaster » :
il fait seul ses choix, sans protection ni secours. Ni jurisprudence, ni
structures éditoriales, ni association, ni société de presse ayant
pignon sur rue ne le garantissent des rigueurs juridiques. Il agit selon
son esprit de responsabilité propre, en s’en remettant à son
jugement personnel et à son intime conviction. Il n’a, pour se défendre,
que sa plume et son clavier.
Les réflexions
auxquelles invite ce pénible procès outrepassent largement l’affaire
en cause et ses protagonistes.
C’est pourquoi
j’appelle toutes celles et tous ceux qui ne restent pas insensibles à
cette cause à manifester à la fois leur inquiétude et leur soutien.
Jean-Michel
Maulpoix
Le 9
septembre 2005
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