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Jean-Michel Maulpoix & Cie

Photographie Vol.1

Toiles étoilées


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« Ce pli de sombre dentelle, qui retient l’infini, tissé par mille, chacun selon le fil ou prolongement ignoré son secret, assemble des entrelacs distants où dort un luxe à inventorier, stryge, nœud, feuillages et présenter.
Avec le rien de mystère, indispensable, qui demeure, exprimé, quelque peu. »

Stéphane Mallarmé, Variations sur un sujet

La Muse araigne (fable)

 

Que fait l’araignée dans son recoin d’ombre ? Là où toute vie s’est arrêtée, elle sécrète les formes les plus fragiles. Poursuivant son ouvrage de bave, elle ne bâtit pas, comme l’oiseau, un nid de paille et de boue. Elle ne prend pas comme lui son envol. Immobile, elle dévide, elle ourdit sa toile. Elle convertit l’heure en espace. Sa demeure n’est pas posée sur les choses, mais suspendue dans l’intervalle qui les sépare. Elle prête ainsi au vide une géométrie, une structure, des attaches. Elle le donne à voir. Matière, mais si impondérable, si fine que nul ne pourrait sans la détruire la prendre dans ses mains.

 

Rien, cette écume, vierge vers...

Telle est aussi la toile d’encre du poème. 

 

Il faut penser de tout son corps, écrivait Stéphane Mallarmé à Eugène Lefébure le 27 mai 1867. Tisser avec sa propre vie ces minces rideaux que sont les phrases. Une fine toile de sens et de sons. Solide et musicale autant que précaire. Et devenir alors soi-même, dans l’expectative de la chambre, pareil à cet insecte énigmatique et obstiné.

Ou pareil à la boîte en bois du violon dont les cordes vibrent.

Un poète est un instrument à cordes. Il suspend sa petite musique dans les angles morts de cette vie. 

 

JMM. L'instinct de ciel, Mercure de France, 2004