"Pages
personnelles"...
Cette expression, pour
qui se préoccupe d'écrire, résonne singulièrement...
Composer des "pages personnelles" n'est-ce pas
là son travail ?
On trouvera ici, en
plus des informations attendues sur un auteur (biographie,
bibliographie,
etc...), quelques pages de ses diverses encres (textes
non réunis en volume, extraits
d'ouvrages épuisés, manuscrits
et brouillons, carnets
de voyages, essais critiques),
et la présence, surtout, de compagnons
de route (poètes, prosateurs, peintres...) : une
anthologie subjective et mobile, personnelle ou
impersonnelle...
Un coin de toile d'où
partent des fils, vers d'autres
lignes et d'autres voix, les rayons d'une bibliothèque
ou d'une ruche imaginaires...
Par ici, rien à
vendre. Ni accès réservé, ni carte de crédit...
Faire connaître une écriture parmi d'autres et avec
d'autres. Donner à lire quand tant de sites ne sont que
des coquilles vides. Sans doute entre-t-il de la vanité,
de l'outrecuidance peut-être, dans le fait de
s'afficher ainsi... A moins que l'écrivain, toujours,
ne reste imaginaire...
A chacun de choisir ce
que bon lui semble.
Ceci
n'est pas un blog...
Souvent, après la lecture du "journal", l'envie démange d'exprimer ici des réactions, des jugements, des colères, face à notre "actualité", ou ce qu'on nous présente comme tel.
Dire son mot, réagir à vif, à bâtons rompus : internet y invite sans cesse...
N'est-ce pas l'esprit du blog ? Clavier, écran, modem : rien de plus facile... On frappe, on connecte, on déverse, on ramasse... On ne se demande
alors plus vraiment ce que c'est que d'écrire...
(suite
de la note)
Hyper-sellers,
édités par des hyper-éditeurs, vendus dans des
hyper-marchés, l'édition est entrée depuis peu dans le
temps des hypers... La machine industrielle a pris
possession des "ouvrages de l'esprit" auxquels
s'appliquent désormais, comme à tous les autres produits,
l'obligation de "retour sur investissement".
La question à
présent posée est celle de la survie de la littérature
dans un monde dont les structures économiques travaillent
à la détruire. Le problème n'est plus de savoir ce qui
est moderne et ce qui ne l'est pas, mais quelle sorte de
livres conserve une chance de voir le jour. Dans la
profusion confuse des produits éditoriaux d'aujourd'hui,
dans un univers où la critique est asphyxiée par
l'engorgement des canaux de communication, quelle chance
reste-t-il pour le discernement ?
Tout
regard ainsi porté sur la situation économique du livre
doit conduire à réinterroger radicalement ce que
sont la littérature, la poésie, l'écriture, ne fût-ce
que pour opposer aux logiques économiques et aux leurres
médiatiques de l'époque une idée précise de ce qu'ils
ensevelissent.
Se demander
pour quelles raisons autres qu'intéressées, frivoles ou
cyniques, un écrivain peut continuer à écrire, et
donc chercher plus que jamais à savoir si la littérature
même conserve un pourquoi irréductible au
marketting et à la mode, aussi bien qu'au narcissisme et à
la nostalgie...
Élément
complémentaire de réflexion
(...) je ne
suis pas du tout certain que nous continuions à vivre sous
le signe de Van Gogh et du grand créateur. Nous vivons
plutôt sous le signe de l'espace public démocratique et de
la réception, dont il faut rappeler que c'est aussi, qu'on
l'apprécie ou non, l'espace de la publicité et de la
communication aux sens les plus dévoyés qui soient."
(Yves Michaud, La crise de l'art contemporain, P.U.F,
2005)
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21 avril : désolante victoire de l'intolérance et de l'ignorance...
Beaucoup se mobilisent et protestent aujourd'hui. Il y a urgence en effet. Mais demain ? Quel avenir pour ce NON, qui résolument s'oppose à la menace de l'extrême droite, et qui manifeste aussi, sourdement, le désir d'autre chose que la reconduction de procédures et de discours politiques usés ?
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(Souvenons-nous du bref espoir qu'avait
tragiquement fait naître, à une autre échelle, l'horreur du 11 septembre : celui de voir quelque chose changer. En profondeur cette fois. Radicalement et pour de bon. Tout n'est-il redevenu pareil ? Voire plus désespérant : en
Palestine, par exemple...)
On attend. On espère encore... Qu'à nouveau dans la cité une place significative ait chance d'être faite au travail de la pensée. Qu'un effort de proposition se substitue à l'exercice de la dérision et de l'ironie. Que l'on parvienne à discerner, d'un peuple comme d'une vie humaine, ce qui importe.
L'heure n'est ni aux calculs ni aux utopies, mais à l'esprit de responsabilité. On attend qu'aux citoyens la politique soit rendue. Qu'en retournant aux urnes le 5 mai, ils se montrent à nouveau concernés, et désireux de l'être. Que leur vote même contresigne la nécessité d'un nouveau contrat social.
"La désolation consiste dans le sentiment d'inutilité, de non-appartenance au monde, dans l'abandon par autrui, dans le déracinement, dans le sentiment de se faire défaut à soi-même. En tant que telle, elle est la condition préliminaire de la superfluité, le fondement de la domination totalitaire, comme l'avaient bien compris les nazis" (Sylvie
Courtine-Denamy, in "Préface" à Qu'est-ce que la politique d'Hannah Arendt).
Tout nouveau projet politique se doit de combattre en premier lieu cette désolation, quelque forme qu'elle prenne : morale, sociale ou matérielle. Cela nécessite de la détermination, de l'audace et des moyens. Nul bricolage n'en aura raison. Autant que politique, la tâche est culturelle.
Proportion et partage : je me dois de répéter ces mots, ici inscrits en septembre dernier.
Il m'importe d'y ajouter à présent le mot pluralité : répéter que chaque identité ajoute à ce qui est sa différence, que chaque peuple, chaque culture, est la chance d'un monde.
(La poésie, comme la politique, est une affaire de relations. Elle ne connaît de distinction et de singularité que parmi la pluralité. Elle est aussi bien ce travail de la langue où chacun s'entretient avec ses autres.)
Le dimanche 5 mai, chacun devra songer à préserver la chance du vis-à-vis et du voisinage. De cet entretien critique par où se maintient du sens. De cet effort tout à la fois commun et singulier d'orientation qui seul nous préserve des tentations simplistes.
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Lors de la dernière mise à jour de ce site, le 8 septembre, j'invitais à lire ici "autre chose" que ce dont parlent les médias (le bruyant, le provocant, le scandaleux surtout)...
Et trois jours plus tard...
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Que dire ici, hormis la peine ? Que dire encore ?
Quelle
sorte de responsabilité exercer, en ce lieu virtuel ?
Ce site n'est pas un sanctuaire.
Pourtant, face à toutes les formes d'inhumanité, contre la délirante disproportion, on voudrait que lecture et écriture invitent à retrouver le sens de la proportion : une mesure, une pensée.
Notre monde attend à présent des intellectuels autre chose que la répétition sans cesse aggravée des symptômes du mal qui le ronge.
A la poésie, qui fréquente et connaît les extrêmes, de contribuer à nous redonner l'échelle, la mesure des choses. Le peut-elle ? Le veut-elle encore ?
A l'écriture de nous entretenir de nos ombres, de nous en révéler le visage .
Ne fermer ici aucune porte. Tirer des fils. Lancer des ponts. Articuler. Mêler des voix. Chercher, creuser et s'obstiner. Demeurer en travail. Maintenir les contradictions ouvertes. Refuser toute forme de simplification.
Donner, au lieu de vendre. Transmettre. L'unique réponse durable à la violence est le partage.
Souvent, après la lecture du "journal", l'envie me démange d'exprimer ici des réactions, des jugements, des colères, face à notre "actualité", ou ce qu'on nous présente comme tel.
Dire son mot, réagir à vif, à bâtons rompus : internet y invite sans cesse. Clavier, écran, modem : rien de plus facile... On frappe, on connecte, on déverse, on ramasse... On ne se demande plus ce que c'est que d'écrire.
On intervient...
Résolument, je m'en abstiens.
D'autres, beaucoup d'autres, le feront sans doute mieux que moi...
Ce site internet, dans le brouhaha d'aujourd'hui, entend parler d'autre chose...
Ce n'est ni indifférence, ni dédain, ni retrait. Surtout pas une façon de tourner le dos au contemporain.
Plutôt le sentiment que, lorsque tous les discours du temps rebattent les mêmes sujets, il importe de faire quelques pas de côté. Forme de résistance (passive ?).
L'actif : donner à lire, à découvrir, à étudier.
Donner à entendre ce qui fait peu de bruit, mais se poursuit. Obstinément. Pour rien, en vain peut-être.
Désormais, ce site sera mis à jour chaque fin de semaine, pour proposer quelques pages nouvelles, pour accueillir de nouvelles voix. Son rythme participe de son sens.
Puisqu'il y est principalement question de poésie (qui est la
mesure de la langue, son "métrage", son travail en lignes brisées, de réfraction et de réflexivité interne), j'entends qu'il ne devienne pas un tonneau percé, mais conserve sa contenance. Qu'il se refuse à l'aggravation et à l'excès.
Qu'il récuse, par exemple, "l'impératif pornographique" du moment.
Cela, en soi, constitue une prise de position. Une forme d'engagement.
Jean-Michel Maulpoix
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